Les 3 aspects dynamiques de l’image du corps

L’Image Inconsciente du Corps, F.DOLTO, Coll Points/Essais, Editions Seuil 1984


Poursuivant l’entreprise de présentation synthétique de l’œuvre de F. DOLTO, il s’agit dans cette contribution, d’aborder pour les définir, les aspects dynamiques de l’image du corps : image de base, image fonctionnelle, image érogène. Le contenu de l’une influençant la suivante, ses images se développent au fil de la vie et des évènements qui la jalonnent. Cela signifie aussi qu’elles sont sollicitées quotidiennement : l’implication dont elles font l’objet les mobilise de façon résultante dynamique.

A-Image de BASE


  • C’est l’image première et fondamentale qui permet à l’enfant de se ressentir dans une continuité narcissique, dans une continuité spatio-temporelle qui demeure et s’étoffe (malgré les modifications qui affectent son corps, les changements et en dépit des épreuves) ;
  • Elle construit le sentiment du « même », base élémentaire de la cohésion narcissique : « C’est la « mêmeté », fortement ou ténuement pérenne qui génère le sentiment d’exister qui arrime le corps au narcissisme » (p.50);
  • C’est le narcissisme primordial qui construit l’intuition vécue d’être au monde pour un individu.
  • Alors même qu’elle se construit dès la vie utérine, elle s’élabore comme signifiant donnant sens à l’identité sociale, symbolique. Là résident la valeur et l’importance du prénom… Au moment du passage fœtus à nourrisson, le prénom est reçu des instances tutélaires, lié au corps visible pour autrui, qui signifie pour lui, son ancrage dans une réalité (la sienne), dans sa pérennité existentielle ;
  • De fait, cette image de base ne peut être atteinte sans que surgissent aussitôt une représentation, un fantasme qui menacent la vie même. L’altération de l’image de base s’exprime en général par un état phobique, moyen spécifique de défense contre un danger ressenti comme « persécutif » (la représentation de cette persécution fantasmée étant elle-même liée à la zone érogène actuellement prévalente chez le sujet)

  • A chaque stade de développement correspond une image de base, s’arrimant à un schéma corporel spécifique :

  1. Stade ombilical : L’image de base est associée aux fonctions respiratoire, olfactive, auditive. Le schéma corporel impliqué est le cavum et le thorax ;
  2. Stade oral : L’image de base s’étoffe et concerne, au-delà de l’image précédente, les fonctionnalités buccale, laryngo-pharyngée. Le schéma corporel correspondant est le ventre et l’appareil respiratoire, au-delà du cavum et du thorax ;
  3. Stade anal : L’image de base se déploie encore et aborde les fonctionnements de rétention et d’expulsion, dans la partie basse du tube digestif. Au niveau du schéma corporel, se développe la perception tactile, sensible des fesses et du périnée. Là encore, ce schéma complète celui déjà atteint aux stades antérieurs

F.DOLTO envisage ces premiers stades, mais le développement se poursuit au-delà !


B-Image FONCTIONNELLE


  • C’est une image à dimension « sthénique », alors que l’image de base a une dimension statique. Elle vise l’accomplissement du désir ;
  • Cet accomplissement passe par la médiation d’une demande localisée dans le schéma corporel, en un lieu érogène, où se fait sentir spécifiquement le manque provoquant le désir ;
  • C’est via le canal de cette image que les pulsions de vie peuvent s’objectiver dans la relation à autrui et au monde, à se manifester pour obtenir le plaisir, après s’être subjectivé dans le désir.


C-Image EROGENE


  • Elle est associée à l’image fonctionnelle du corps dans ce lieu où se focalise plaisir ou déplaisir érotique, dans la relation à l’autre ;
  • Sa représentation fait référence à des cercles, des concaves, ovales, boules, traits et trous, imaginés doués d’intentions émissives, actives ou réceptives (passives), à but agréable ou désagréable.

Ces 3 composantes sont dynamiques : elles évoluent, se transforment, se remanient au fil des épreuves et limitations qu’expérimente le sujet, au travers une série de castrations « symboligènes ».


D-Image résultante DYNAMIQUE


  • Elle correspond au désir d’être et de préserver l’avenir, ou encore « l’advenir » ;
  • Ce désir, fondamentalement frappé du manque est toujours ouvert à l’inconnu, sur l’inconnu ;
  • Cette image est en-dehors de toute représentation propre : elle est tension, tension d’INTENTION ;
  • Le mot le plus adapté pour la caractériser serait le verbe actif « désirer », incarnant le verbe « aller » du sujet « désirant, devenant » ;
  • « L’image dynamique exprime en chacun de nous l’Etant, appelant l’Advenir : le sujet en droit de désirer, j’aimerais dire en « désirance » » (p.58)

  • Sans représentation propre, elle est de fait inaccessible à tout évènement castrateur. Elle peut seulement être soustraite au sujet, par un état phobique : l’objet phobique vient alors barrer l’image dynamique de son trajet désirant, le menaçant dans son droit d’être.

a-Image dynamique ORALE


  • Associée au besoin, elle est centripète en sens de trajectoire, et relève du schéma corporel ;

b-Image dynamique ANALE


  • Associée au désir, elle centrifuge, et relève de l’image corporelle correspondante ;

c-Image dynamique GENITALE


  • Associée à la fois au besoin et au désir, elle est centripète (essentiellement chez la femme), et centrifuge (chez l’homme).

Remarque : L’accouchement, autrement appelé « délivrance », correspond à une image dynamique expulsive, centrifuge.